"Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre. Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier." (Marcel Proust)
"Mais ne lisez pas, comme les enfants lisent, pour vous amuser, ni comme les ambitieux lisent, pour vous instruire. Non, lisez pour vivre." (Gustave Flaubert)

"C'est un des privilèges prodigieux de l'Art que l'horrible, artistement exprimé, devienne beauté et que la douleur rythmée et cadencée remplisse l'esprit d'une joie calme." (Charles Baudelaire)

samedi 30 avril 2016

Voyage sentimental à travers la France et l'Italie, Laurence Sterne

Note : 8/10


Quatrième de couverture :  

Publié en 1768, ce roman évoque les voyages de Sterne, malade, en France et en Italie, en 1765-1766. L'auteur étant décédé peu après la parution de ce volume, seul ce premier tome, consacré à la France, fut rédigé. Son succès fonda la veine littéraire des récits de voyage. Il s'apparente à l'auto-confidence plus qu'à la narration, dont le fil sinueux est souvent interrompu puis renoué. L'approche « sentimentale », qui amorça une vogue pré-romantique en Angleterre, traduit une prédilection pour un point de vue subjectif, l'aveu, sinon la revendication, des états changeants des virtualités amoureuses et un certain enjouement pour le caractère capricieux et aléatoire des relations humaines. Une interrogation psychologique, au-delà ce bris de la cohérence narrative, où ce qui se suppose sitôt se dérobe, se fait jour quant aux principes de nos inclinations : « on ne saurait raisonner régulièrement du flux et du reflux de nos humeurs ; ils dépendent peut-être des mêmes causes que les marées » ; au premier mouvement du cœur, « toutes les passions abjectes, tous les mauvais penchants de ma nature furent alertés » pour le refouler, mais en vain : c'étaient l'hypocrisie, la lâcheté, l'orgueil… Le présent livre reproduit le texte original et la traduction seuls de l'édition de 1934.


Pour Kundera, dans son essai Le Rideau, un homme « qui a derrière lui beaucoup d’expérience de la « nature humaine » a, « depuis longtemps, cessé de prendre au sérieux le sérieux des hommes ». Il « regarde la vie avec l’impression de revoir des bobines de films déjà vues », précise-t-il, et dans le souvenir (vague je l’avoue) que je garde de son Tristram Shandy, Laurence Sterne m’apparaît comme un romancier qui, doté d’une grande expérience de l’homme, de ses travers, de ses fantaisies, voit cet homme avec une distance comique, parfois ironique, mais souvent avec une évidente compassion et affection. Excepté, bien sûr, sa répugnance envers ce que Rabelais, son modèle littéraire avec Cervantès, appelait les « agélastes », c’est-à-dire ces personnes qui ne savent pas rire, qui n’ont aucun sens de l’humour, ces hommes qui prennent des mines affectées avec un « air grave », qui sont sa cible privilégiée dans le même Tristram Shandy. L’humour occupe une place centrale dans les écrits de Sterne, et pour Kundera, l’humour représente la caractéristique principale des plus grands romans européens (en même temps que sa plus grande découverte), dans sa volonté à ne rien prendre au sérieux, dans le sens où les vérités humaines sont relatives et donc le côté subversif qu’il représente envers toute doctrine, idéologie qui au contraire voudrait affirmer que leur vision du monde est la seule valable et véritable, niant cette « certitude de l’incertitude » qui représenterait selon Kundera la découverte majeure et la spécificité de tout grand roman.

Sterne a écrit ce Voyage sentimental en réponse aux Voyages à travers la France et l’Italie de Tobias Smollett dont il a trouvé la teneur insupportable et qui rentre bien dans la classe des « agélastes » tant détestés par Sterne. Il reprochait à son homologue, qu’il rebaptise Smelungus dans le roman, d’être parti en voyage « avec le spleen et la jaunisse », ce qui a eu pour conséquence aux yeux de ce dernier que « chaque objet auprès duquel il passa se trouva décoloré ou déformé. Il en écrivit un récit, mais ce n’était que le récit de ses misérables sentiments. » À l’inverse, Sterne ne conçoit pas qu’un voyageur, partant avec une disposition d’esprit et un caractère favorables, puisse ne rien trouver suscitant son intérêt durant ses périples. « Quel gros volume d’aventures peut faire tenir, en ce court espace de la vie, celui dont le cœur s’intéresse à toute chose et qui, ayant des yeux pour voir ce que le temps et le hasard lui offrent perpétuellement le long de son chemin, ne laisse rien échapper de ce que sa main peut honnêtement saisir. […] Je plains l’homme qui peut voyager […] et s’écrier, Tout est stérile – C’est vrai ; et c’est vrai de la terre entière, pour celui qui ne veut pas cultiver les fruits qu’elle offre. […] La paix soit avec eux ! [ceux qui sont comme Smollett] s’il est possible de la trouver ; mais le ciel lui-même, si l’on pouvait y parvenir avec de tels caractères, n’aurait rien qui fût capable de la leur donner. »

Yorick, un des personnages que l’on retrouve dans Tristram Shandy et qui tristement mourra vaincu par les « agélastes », est le protagoniste du présent livre et le double de son auteur, qui a lui-même voyagé vers la fin de sa vie dans l’espoir de guérir de la tuberculose dont il mourra peu de temps après la rédaction de ce roman. Comme dans son livre le plus célèbre, l’action est à vrai dire quasi-inexistante, et ne sont que prétextes en fait aux rencontres et aux réflexions que son protagoniste va faire au cours de son voyage. Le voyage en lui-même, les lieux qu’il visite et par lesquels il passe, n’ont en fait aucune importance : ce qui importe, c’est la manière dont Yorick perçoit et tire profit des événements qui lui arrivent, aussi insignifiants qu’ils puissent paraître de prime abord, ainsi que la tournure souvent comique que Sterne leur donne.
Ainsi le livre s’ouvre sur un fait banal : Yorick est à Calais, et insatisfait par la chaise (qu’il a eue pour se déplacer), il demande au maître d’hôtel de lui en procurer une autre, et cette péripétie sera le prétexte pour Yorick de rencontrer une dame dont il va faire plus ou moins la cour, au moment où, arrivés devant le magasin de chaises, M. Dessein (le maître d’hôtel) se rend compte qu’il s’est trompé de clé et doit retourner à l’hôtel la chercher. Durant cet intervalle, Yorick entre longuement en conversation avec la dame en question.
« M. Dessein nous laissa ensemble, la main dans la main, et le visage tourné vers la porte de la remise, en nous disant qu’il serait de retour dans cinq minutes. Or un entretien de cinq minutes, dans cette situation, en vaut un d’autant de siècles, le visage tourné vers la rue ; le sujet, dans ce dernier cas, en est tiré des objets et des événements extérieurs – mais quand vos yeux sont fixés sur une surface vide – vous tirez le sujet purement de vous-même. Un seul moment de silence après le départ de M. Dessein eût été fatal à la situation – la dame se serait infailliblement retournée – J’entamai donc la conversation sur-le-champ.
-Mais  quelles furent mes tentations (comme je n’écris pas pour m’excuser des faiblesses de mon cœur, pendant ce voyage – mais pour en rendre compte) – je vais les décrire avec autant de simplicité que je les ressentis. » (p. 35)
Après un bref interlude dont il est coutumier du fait, lors duquel Sterne s’adresse directement à son lecteur pour lui rappeler un détail qu’il a omis de préciser lorsqu’il a pour la première fois aperçu la dame en question en compagnie d’un moine dont il a rejeté la demande d’aumône au tout début du roman, Sterne reprend son récit là où il vient de le laisser, à savoir les tentations dont il vient de parler :
« Quand nous fûmes arrivés devant la porte de la remise elle ôta la main de son front, et me laissa voir l’original de mon portrait – c’était un visage d’environ vingt-six ans – d’un brun clair et transparent, accommodé simplement sans rouge ni poudre – ce n’était pas une beauté pour critiques, mais il y avait dans cette figure quelque chose qui, dans ma disposition présente, m’attachait beaucoup plus – elle était intéressante ; il me semblait y voir les caractères d’un veuvage qui, arrivé à son déclin, avait passé les deux premiers paroxysmes de la douleur, et commençait doucement à se résigner à sa perte – mais mille autres malheurs avaient pu laisser les mêmes traces ; je voulais savoir lesquels – et j’étais disposé à demander (si le bon ton de la conversation l’avait permis) – « Qu’as-tu ? D’où vient cet air inquiet ? Pourquoi ton esprit est-il troublé ? » - En un mot, je me sentais de la bienveillance pour elle ; et je résolus, d’une manière ou d’une autre, de lui faire l’offre de ma courtoisie – sinon de mes services. Telles furent mes tentations – et c’est ainsi qu’étant disposé à y céder je fus laissé seul avec la dame, sa main dans la mienne, nos deux visages tournés vers la porte de la remise, et beaucoup plus près qu’il n’était absolument nécessaire. » (p. 37-9)

Sterne est un des plus fins observateurs de l’homme. De par cette observation constante, liée à son incessante curiosité envers l’homme et à la compassion, la tendresse qu’il éprouve envers lui, Sterne est souvent amené à diriger son attention sur un trait, détail minuscule qui lui permettrait de mieux comprendre celui ou celle qu’il observe. De cette extrême attention au détail, il en tire des conclusions, des remarques qui témoignent de cette volonté constante de comprendre « l’autre » qu’il nous fait partager et nous invite en quelque sorte à poursuivre. Voici quelques passages qui représentent bien cette curiosité et cette attention envers l’autre que Sterne a entretenu sa vie durant.
Alors qu’il est en train de faire une modeste aumône aux nécessiteux, Sterne remarque : « Mais dans mon empressement à donner, je n’avais pas aperçu un pauvre honteux : il n’avait personne pour demander un sou pour lui, et je crois qu’i serait mort avant de se décider à le demander pour lui-même ; debout près de la chaise, un peu en dehors du cercle, il essuyait une larme sur un visage qui, pensai-je, avait vu des jours meilleurs – Bon Dieu ! dis-je – ne me reste-t-il donc plus un sou à donner ? – Mais tu en as mille ! s’écrièrent toutes les forces de la nature qui s’agitaient en moi – je lui donnai donc – peu importe quoi – j’ai honte de dire la grosseur de la somme, aujourd’hui – et j’avais honte de penser à sa petitesse, ce jour-là : si donc le lecteur peut former quelque conjecture sur mon caractère, ces deux points fixes lui étant donnés, il pourra estimer, à une ou deux livres près, quelle était la somme précise. Je ne pus rien offrir aux autres, que Dieu vous bénisse – Et le bon Dieu vous bénisse encore – dirent le vieux soldat, le nain, etc. Le pauvre honteux ne put rien dire – il tira un petit mouchoir, et s’essuya la figure en se détournant – et je trouvai qu’il me remerciait plus qu’eux tous. » (p. 79)

Un peu plus loin dans le récit, Yorick se retrouve dans un relatif embarras lorsqu’il est mis au courant qu’il risque, en l’absence de passeport (qu’il n’a pas emporté par insouciance et volonté spontanée, non organisée, de se rendre en France puis en Italie), d’être arrêté et jeté à la Bastille, l’Angleterre et la France étant en conflit au moment de son voyage. C’est à cette occasion qu’il comprend que le valet qu’il a engagé, La Fleur, lui est véritablement attaché :
« Le maître de l’hôtel fit trois pas pour s’écarter de moi, comme d’un pestiféré, lorsque j’eus fait cette déclaration – et le pauvre La Fleur, lui, avança de trois pas vers moi, et avec cette sorte de mouvement que fait une bonne âme pour secourir un malheureux – ce garçon, par son geste, gagna mon cœur ; et d’après ce seul trait, je connus aussi parfaitement son caractère, et j’étais prêt à m’y fier aussi fermement, que s’il m’avait servi avec fidélité pendant sept ans. » (p. 145)

Poursuivant la réflexion et les considérations que lui inspire la crainte d’être arrêté, Yorick se dit, dans la lignée de sa philosophie selon laquelle c’est notre manière de nous représenter les choses qui les font belles ou terribles :
« Quant à la Bastille, la terreur réside dans le nom – Faites-en le plus grand cas que vous pourrez, me disais-je, bastille n’est qu’un autre mot pour désigner une tour – et tour n’est qu’un autre mot pour désigner une maison d’où l’on ne peut sortir – […] mais avec neuf livres par jour, une plume, de l’encre, du papier et de la patience, bien qu’un homme n’en puisse sortir, il peut se trouver très bien dedans – au moins pendant un mois ou six semaines. […] J’eus une raison (j’oublie laquelle) d’aller dans la cour, pendant que je faisais ce calcul ; et je me rappelle que je descendis l’escalier en éprouvant un assez grand triomphe de l’ingéniosité de mon raisonnement. – Maudits soient les sombres pinceaux ! m’écriai-je avec jactance – je n’envie pas leur faculté de peindre les maux de la vie de couleurs si dures et fatales. L’esprit demeure terrifié devant les objets qu’il a grossis lui-même et noircis : ramenez-les à leurs véritables couleurs et dimensions, il les dédaigne – Il est vrai, dis-je, en corrigeant ma proposition – que la Bastille n’est point un mal à mépriser – mas enlevez-moi ses tours – comblez le fossé – débarricadez les portes – appelez-la simplement réclusion, et supposez que le tyran qui vous y retient est une maladie – et non un homme – le mal s’évanouit, et vous supportez le reste sans vous plaindre. » (p. 149)

                Le seul défaut de ce livre, c’est qu’il est tout simplement trop court. Il fait à peine plus de cent pages dans cette édition bilingue et honnêtement, j’aurais sans aucun problème voulu en lire beaucoup plus, mais la mort de son auteur en a malheureusement interrompu la rédaction. Les critiques ont tendance à préférer ce Voyage sentimental à Tristam Shandy, de par le fait qu’il est tout simplement plus facile à suivre, les digressions dont Sterne a rempli son roman le plus connu me semblant plus maîtrisées dans le présent livre, sans la sensation qu’elles sont (parfois) un peu trop longues dans le cas de Tristram Shandy. L’écriture est beaucoup plus maîtrisée, dense, et se lit beaucoup plus facilement sans doute que le gros roman qu’est Tristram Shandy. C’est le livre idéal pour commencer à lire Sterne, mais malheureusement, il n’est que peu édité, et la traduction en plus dans cette édition semble par endroits dépassée, elle qui date des années 1930 déjà, ce qui témoigne une nouvelle fois du peu de considération aux œuvres moins connues des grands écrivains d’autres pays ici en France…

Voici pour finir une citation extraite de Tristram Shandy, relative à Marie, la jeune fille malheureuse que Yorick rencontre également dans le présent roman lors de son passage à Moulins, et qui représente bien selon moi toute la compassion et chaleur de Sterne envers le malheur et la souffrance humaine :

« Soudain, les notes les plus douces que j’eusse jamais entendues vinrent bercer mon oreille ; je baissai aussitôt la vitre de devant pour les percevoir plus distinctement --- « C’est Marie, fit le postillon lorsqu’il me vit ainsi tendre l’oreille ---- La pauvre Marie, poursuivit-il, […], elle est assise sur ce talus, jouant son chant du soir sur son chalumeau, sa petite chèvre à son côté. […]
------------ Et qui est cette pauvre Marie ? fis-je.
Un objet d’amour et de compassion pour tous les villages d’alentour, dit le postillon ----- il y a seulement trois ans que le soleil a cessé de luire pour cette jeune fille si belle, si vive d’esprit, si aimable ; pour sûr, Marie méritait un meilleur sort que celui qui l’accabla lorsqu’il fut fait opposition à son mariage, le vicaire de la paroisse où étaient affichés les bans, ayant par ses intrigues, réussi à y dénicher un empêchement --------
Le postillon allait poursuivre, lorsque Marie, qui avait fait une courte pause, porta de nouveau le chalumeau à ses lèvres et se remit à jouer son air ------- c’étaient les mêmes notes ; ------- cependant, elles étaient dix fois plus douces que précédemment : c’est l’air des vêpres à la Vierge, fit le jeune homme -------- mais qui lui a appris à le jouer ------- et comment elle a eu cette flûte, personne ne sait ; ce que nous croyons par ici, c’est que ce sont là deux dons envoyés par le ciel pour la secourir ; car depuis le jour qu’elle a eu l’esprit dérangé, il semble bien que ce soit la seule consolation qui lui reste ------- son chalumeau n’a plus jamais quitté sa main, et elle joue son hymne à la Vierge presque nuit et jour. […]
Cependant, nous étions déjà presque arrivés à l’endroit du talus où Marie était assise : vêtue d’une mince camisole blanche, la masse de sa chevelure tout entière enveloppée d’une résille de soie, sauf ces deux petites tresses laissées libres, avec d’un côté ces quelques feuilles d’olivier entortillées, d’un effet un tantinet extravagant ------ elle était vraiment belle ; et si j’ai jamais ressenti toute la force d’un honnête serrement de cœur, ce fut certes à l’instant où je la vis ----- […]
Comme le postillon prononçait ses paroles, MARIE fit entendre une intonation si mélancolique, si douloureuse et si plaintive que je bondis hors de ma chaise pour voler à son secours, et me retrouvai assis entre elle et sa chèvre avant que mon zèle ne se fût refroidi. […]
Adieu Marie ! ----- adieu, pauvre fille infortunée ! ---- un jour, peut-être, mais pour sûr pas aujourd’hui, j’entendrai conter tes malheurs de ta propre bouche ------ mais je me trompais fort, car, comme je tirais cette piètre conclusion, Marie, prenant son chalumeau, se remettait à jouer, et c’est alors, rien que d’entendre s’égrener ces notes, que je compris tout : je compris que Marie, à travers cette répétitive musique, était justement en train de me faire le récit de toutes ses infortunes ; c’était une histoire si poignante que je me levai accablé, et, d’un pas lourd et chancelant, regagnai lentement ma chaise. » (éditions Tristram, dans la traduction de Guy Jouvet, p. 883-6)

2 commentaires:

  1. je l'ai lu dans une ancienne édition Didier, la traduction n'était pas parfaite mais j'avais pris plaisir à la lecture, en vous lisant me vient l'envie d'une relecture après bien des années on apprécie différemment ce type de texte mais mon livre a disparu de mes rayons !
    J'ai vu que les editions Tristram prépare une édition avec nouvelle traduction pour septembre je vais donc patienter jusque là

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  2. Je ne savais pas qu’une nouvelle traduction (sûrement excellente puisque celle que Guy Jouvet avait faite de Tristram Shandy était déjà très réussie) allait paraître.
    Merci pour l’information !

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