"Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre. Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier." (Marcel Proust)
"Mais ne lisez pas, comme les enfants lisent, pour vous amuser, ni comme les ambitieux lisent, pour vous instruire. Non, lisez pour vivre." (Gustave Flaubert)

"C'est un des privilèges prodigieux de l'Art que l'horrible, artistement exprimé, devienne beauté et que la douleur rythmée et cadencée remplisse l'esprit d'une joie calme." (Charles Baudelaire)

mercredi 25 novembre 2015

L'Institut Benjamenta, Robert Walser

Note : 8/10


Quatrième de couverture :

« Nous apprenons très peu ici, on manque de personnel enseignant, et nous autres, garçons de l'Institut Benjamenta, nous n'arriverons à rien, c'est-à-dire que nous serons plus tard des gens très humbles et subalternes.» Dès la première phrase, le ton est donné. Jacob von Gunten a quitté sa famille pour entrer de son plein gré dans ce pensionnat où l'on n'apprend qu'une chose : obéir sans discuter. C'est une discipline du corps et de l'âme qui lui procure de curieux plaisirs : être réduit à zéro tout en enfreignant le sacro-saint règlement. Jacob décrit ses condisciples, sort en ville, observe le directeur autoritaire, brutal, et sa sœur Lise, la douceur même. Tout ce qu'il voit nourrit ses réflexions et ses rêveries, tandis que l'Institut Benjamenta perd lentement les qualités qui faisaient son renom et s'achemine vers le drame. « L'expérience réelle et la fantasmagorie sont ici dans un rapport poétique qui fait invinciblement penser à Kafka, dont on peut dire qu'il n'eût pas été tout à fait lui-même si Walser ne l'eût précédé », écrit Marthe Robert dans sa très belle préface où elle range l'écrivain, à juste titre, parmi les plus grands.


« En vérité, les gens qui s’efforcent d’avoir du succès dans le monde se ressemblent terriblement. Ils ont tous le même visage. Non, pas vraiment, et pourtant si. Ils se ressemblent par une certaine amabilité qui passe tout de suite, et je crois que ce que ces gens ressentent est de l’anxiété. Ils se débarrassent rapidement des êtres et des choses, à seule fin de pouvoir s’occuper des choses nouvelles qui, elles aussi, paraissent réclamer l’attention. Ils ne méprisent personne, ces braves gens, et pourtant si, peut-être méprisent-ils tout, mais ils n’ont pas le droit de le montrer, parce qu’ils craignent de commettre tout à coup quelque chose comme une imprudence. Ils sont aimables par mal du siècle, et gentils par anxiété. Et puis chacun d’entre eux veut avoir de l’estime pour lui-même. Ces gens sont des hommes du monde. Et ils ont l’air de ne jamais se sentir à l’aise. Comment peut-on se sentir bien quand on attribue de la valeur aux preuves d’estime et aux distinctions accordées par le monde ? Et puis, je crois que ces hommes sentent qu’ils ne sont plus des créatures naturelles. […] Je m’exprime d’ailleurs d’une façon un peu simple. Il y a là encore tout autre chose. […] Ils sont tous cultivés, mais s’estiment-ils entre eux ? Quand ils réfléchissent honnêtement, ils sont satisfaits de leur position, mais sont-ils également contents ? […] Mais tous sont des gens courtois et importants à leur manière, et je suis très, très reconnaissant à mon frère Johann de m’avoir permis de connaître une portion de monde. […] Je sens combien peu ce qu’on appelle monde me concerne, et comme ce que j’appelle silencieusement le monde, moi, me paraît grand et exaltant. » (p .171-3)

Dans cette longue citation se retrouve un condensé du style de Walser, rempli de maladresses, mais qui nous attache imperceptiblement au « héros » walserien de par sa perception du monde duquel il se sent complètement étranger et dont il en fait une critique radicale. La critique que Walser fait dans tous ses romans est une critique de l’être, où les gens par conformisme finissent par se ressembler tous, par ne plus avoir de personnalité propre, par ne plus être « humains ». Un des personnages que Jacob von Guten, le héros et représentant de Walser, rencontre à son arrivée dans l’Institut Benjamenta et qui symbolise à l’extrême cette totale disparition de personnalité est Kraus, que Lise Benjamenta décrit en ces termes à Jacob :

« Oui, Kraus n’est pas du tout comme les autres. Il ne bouge pas tant qu’on n’a pas besoin de lui, mais si on l’appelle, il se met en branle et accourt d’un bond. On ne fait pas grand bruit ni grand cas de gens comme lui. On ne vante jamais Kraus, et c’est tout juste si on lui est reconnaissant. On ne lui dit qu’une chose : fais ceci. Puis : fais cela. Et l’on s’aperçoit à peine qu’on a été servi, tant on l’a été parfaitement. La personne de Kraus n’est rien du tout, seul est quelque chose le travailleur, l’exécutant Kraus, mais celui-là ne se fait guère remarqué. Toi, par exemple, Jacob, on te complimente, on est content de te faire du bien. Pour Kraus on n’a pas un mot, pas un penchant de reste. Tu es tout à fait dissolu comparé à Kraus, Jacob. Mais c’est toi qui es le plus gentil. » (p.179)

Jacob gagne peu à peu l’affection de tous (ou presque) à l’Institut Benjamenta, y compris celle du directeur qui, tel un ogre dans un conte de fées (comparaison que fait Marthe Robert dans la préface), semble de par sa carrure imposante d’un abord menaçant et effraie terriblement Jacob lorsqu’il lui parle pour la première fois, lors de son admission volontaire à l’Institut. Mais tout comme avec Lise (la sœur du directeur et maîtresse principale de l’Institut), Jacob gagne progressivement l’affection du bourru directeur, à forces d’espièglerie, de plaisanterie, par sa spontanéité, son insouciance propres à son caractère.

« Tu veux aller travailler dehors, Jacob ? Mais moi, je te dis, reste plutôt ici encore un peu. […] Je te conseillerais même d’apprendre un peu à traîner, à devenir distrait et paresseux. Car vois-tu, ce qu’on appelle les vices joue un grand rôle dans l’existence humaine, c’est si important, je dirais presque nécessaire. S’il n’y avait pas les vices et les défauts, le monde manquerait de chaleur, de richesse, d’attrait. […] Cela me ferait plaisir de te voir donner un peu dans la rêverie. Baisse la tête, sois pensif, aie le regard triste, veux-tu ? Car tu as presque trop de volonté, trop de caractère pour mon goût. […] Ennuie-toi comme tu pourras ici. O petit conquérant, c’est dans le monde, dans le monde du dehors, dans ta profession, tes ambitions, tes luttes que tu rencontreras des océans d’ennui, de tristesse et de solitude. Reste ici. Cultive encore un peu ta nostalgie. […] Écoute, ton départ me ferait souffrir, il m’infligerait une blessure tout à fait incurable, il me tuerait presque. Tuerait ? Je t’en prie, moque-toi de moi, mais ferme. Moque-toi de moi sans aucune vergogne, Jacob. Je te le permets. […] Ce que j’ai fait là m’effraie, m’indigne et me rend heureux en même temps, Jacob. Mais pour la première fois, j’aime un être humain. […] Allons ! Ouste ! Tâche de sortir d’ici. Insolent, sache que je puis encore te punir. Crains-moi. » Et voilà, ça y était, une fois de plus, il s’était mis en colère. Je m’esquivai promptement, fuyant ses yeux dont le regard sombre me transperçait. Quels yeux, ceux de monsieur le Directeur !  […] Oh, certes, il faut de temps en temps qu’on ait peur de lui. Je trouverais indécent de ne pas avoir peur, car alors je n’aurais pas non plus de courage, puisque le courage n’est rien d’autre que ce qui domine la peur. Une fois de plus je collai mon oreille contre le trou de la serrure, une fois de plus tout resta silencieux. J’allai même jusqu’à tirer niaisement la langue, en vrai potache, après quoi je me mis à rire. Je crois n’avoir jamais ri de la sorte. Tout bas naturellement. C’était le rire étouffé le plus vrai qui soit. Quand je ris de cette façon, il n’y a plus rien au-dessus de moi. Pour ce qui est de me contenir et de me dominer, je suis alors insurpassable. A de tels moments, je suis tout simplement grandiose. »

Jacob a un caractère très facétieux, il aime en quelque sorte se comporter de manière à « fâcher » légèrement les gens pour observer et s’amuser de leurs réactions. Sa victime préférée est Kraus, le moins « humain » de tous les personnages, que Jacob taquine fréquemment par des questions rêveuses ou en se montrant volontairement indolent. Dans ce monde dépersonnalisé et si réglementé, Jacob s’amuse à provoquer des réactions (surtout une colère sans gravité) ou à aller à rebours des règles strictes de l’Institut. Ce monde déshumanisé et contraignant est toutefois source de félicité et de poésie pour Jacob, par le plaisir de déclencher une émotion humaine ou celui de transgresser contrastant avec les « exemplaires humains » (p. 72) et le règlement très strict de l’Institut.

« En regardant Schacht, il m’arrive parfois de penser qu’un jour cet homme en verra de dures. Que j’aime de telles gens, qui provoquent cette impression mélancolique ! Est-ce de l’amour fraternel ? Oui, c’est possible. » (p.42)

« Je vais donc comme ça, le soleil brille, et tout à coup je vois un petit chien gémir à mes pieds. Je comprends aussitôt que le petit animal de luxe s’est empêtré […] Je me penche, et voilà le grand, grand malheur réparé. A ce moment sa maîtresse s’approche. Elle voit ce qui se passe et me remercie. […] Et comme cette femme tout à fait laide a souri. « Merci, Monsieur. » Ah, elle a fait de moi un monsieur. Oui, on est un monsieur quand on sait se conduire. Et si l’on remercie quelqu’un, c’est qu’on a de l’estime pour lui. Quiconque sourit est joli. Toutes les femmes méritent des gentillesses. Toute femme a quelque chose d’exquis. J’ai vu des blanchisseuses se mouvoir comme des reines. Tout cela est drôle, oh si drôle. Mais comme le soleil brillait, et comme j’ai filé ensuite !... » (p.52)

« Kraus me regarde avec des yeux de jour en jour plus chargés de reproches. Ça me plaît beaucoup. J’aime bien voir les gens gentils un peu fâchés. Rien ne m’est plus agréable que de donner une image tout à fait fausse de moi aux êtres qui ont une place dans mon cœur. C’est peut-être injuste, mais c’est hardi, donc convenable. Du reste, cela relève un peu du pathologique chez moi. Par exemple, je me représente comme indiciblement beau de mourir avec la conscience terrible d’avoir offensé ceux qui me sont le plus chers au monde, et de les laisser pleins de jugements défavorables sur moi. Personne ne comprendra cela, ou seulement celui à qui le défi peut donner le frisson de la beauté. » (p.56)

« Devoir ne pas faire quelque chose, c’est parfois si attirant qu’on ne peut pas s’empêcher de le faire tout de même. C’est pourquoi j’aime tellement au fond toutes les espèces de contraintes, elles vous permettent de jouir des infractions à la loi. S’il n’y avait ni commandement ni devoir dans le monde, je mourrais, je dépérirais, je m’étiolerais d’ennui. Moi, il faut qu’on me pousse, qu’on me force, qu’on me tienne en tutelle. J’en suis absolument ravi. Pour finir c’est moi qui décide, moi seul. La loi qui fronce le sourcil, je la mets toujours un peu en colère, ensuite je m’efforce de l’apaiser. Kraus est le représentant de tous les règlements existants à l’Institut Benjamenta, en conséquence je le provoque toujours un peu au combat, lui qui est le meilleur de mes camarades. J’aime tellement me chamailler. Je serais malade de ne pas pouvoir le faire, et Kraus se prête merveilleusement aux disputes et aux provocations. » (p.59)

« Pauvre Kraus ! Moi, par exemple, les boutons qui le déparent ne m’empêcheraient pas le moins du monde de l’embrasser s’il s’agissait de cela. Sérieusement : vraiment pas, car je ne vois plus du tout ces choses-là, je ne vois pas du tout qu’il n’a pas belle apparence. Je vois sa belle âme sur son visage, et l’âme, c’est cela qui mérite d’être caressé. Il est vrai que son futur maître et patron aura là-dessus de tout autres façons de voir, c’est pourquoi Kraus met des pommades sur les vilaines plaies qui le défigurent. » (p.64)


Si Jacob/Walser clame souvent qu’il aspire à n’être qu’un simple domestique (ce pour quoi l’Institut forme ses élèves), qu’il est justement entré dans l’Institut pour trouver une telle situation et qu’il ne cesse de harceler le directeur pour concrétiser ce souhait, il n’en reste pas moins que l’on sent que derrière cette volonté d’effacement, cette volonté de se rabaisser volontairement, Jacob aspire à n’être rien sans pour autant perdre son aptitude à rêver, son aspiration à être libre par son vagabondage.

« Je ne deviendrai jamais quelqu’un, et de le savoir avec certitude me fait trembler d’une satisfaction bizarre. Un jour je recevrai un coup, l’un de ces coups qui vous anéantissent complètement, et tout, tout sera fini, tout ce chaos, ce désir, cette ignorance, tout cela, cette reconnaissance et cette ingratitude, ces mensonges et ces illusions sur soi-même, ce croire-savoir et ce pourtant-je-ne-sais-jamais-rien. Mais je désire vivre, peu importe comment. » (p.148)

« Je hais toute ma future prospérité, j’abhorre la vie. Oui, oui. Et pourtant, je devrai moi aussi, comme Kraus, quitter l’école et entrer dans cette vie détestée. […] Non, je ne veux pas aller dans la vie, entrer dans le monde. Je méprise tout avenir. (p.184)

« Grâce à mes idées et à mes sottises, je serai bientôt en mesure de fonder une société anonyme pour la diffusion des illusions charmantes et douteuses. Il y aura assez de capitaux, ce me semble, ce n’est pas le fonds qui manque, et de telles actions trouveront preneur partout où le sens du beau et la foi ne sont pas encore tout à fait morts. » (p.192)

A travers ces trois dernières citations, on saisit vite pourquoi Walser est si aimé parmi les écrivains. Le héros walserien refuse toute vie pratique et place au-dessus de tout ses rêveries, son imagination, son moi intérieur. Tout en critiquant la déshumanisation du monde dans lequel il vit, Walser continue malgré tout de voir une certaine beauté et poésie parmi les gens qui l’entourent (en particulier Kraus, le moins « humain » pourtant de tous les personnages). Jacob/Walser nourrit une fascination pour l’échec, son ambition étant de n’être rien comme le dit Marthe Robert dans sa préface. Par cette position radicale, c’est un refus obstiné et définitif de Walser d’intégrer un monde pour lequel il se sent définitivement étranger en tant que poète/écrivain. Voici pour finir une citation allant dans ce sens, de la bouche de Johann à son frère Jacob, s’adressant à tous ceux se sentant étrangers au monde qui les entoure :

« Écoute ! Fais bien attention. Ce que je vais te dire te servira peut-être un jour. Avant tout : ne te sens jamais réprouvé. Un réprouvé, frère, ça n’existe pas, car il n’y a peut-être rien, rien du tout en ce monde à quoi l’on puisse honnêtement aspirer. Et pourtant il te faudra aspirer à quelque chose, passionnément même. Mais afin que tu ne te consumes pas trop de désir, grave-toi ceci dans ta tête : rien, rien ne vaut la peine qu’on y aspire. Tout est pourri. […] Il est vrai qu’il y a un prétendu progrès sur terre, mais ce n’est là qu’un des nombreux mensonges que répandent les faiseurs d’affaires, afin de pouvoir pressuriser la masse d’autant plus effrontément et avec moins d’égards. La masse est l’esclave de notre temps, et l’individu, l’esclave de la grandiose idée collective. Il n’y a plus rien de beau ni de parfait. Tu n’as plus qu’à rêver le beau, le bon et le juste. Dis-moi, sais-tu rêver ? […] Il y a des livres… en un mot, ne te laisse jamais abattre. Reste pauvre et méprisé, cher ami. […] Le plus beau, le plus triomphal est d’être un pauvre diable. » (p.108-9)

7 commentaires:

  1. Étant donné le titre de ton blogue et la ressemblance entre ce roman et les romans (en général) de Kafka (en tout cas c'est ce que je trouve), je pensais que t'allais davantage aimer ce livre, même si un 8/10 c'est quand même très bien. Pour ma part je devrai relire ce roman prochainement parce qu'un de mes seuls souvenirs est celui d'un récit très étrange à la limite du rêve et de la réalité. Quand je relis les préfaces sur Walser et que je vois que plusieurs de ses romans ont été perdus j'en suis triste à chaque fois, il aurait peut-être été le plus grand écrivain de l'histoire, en tout cas j'ai jamais vu quelqu'un qui ne l'aime pas...

    En passant, j'espère que tu vas publier dans un mois tes lectures des 6 derniers mois, je suis vraiment impatient de les connaître...Aussi je voulais te dire que je suis en train de relire certains essais de Zweig et que je te conseille vraiment son gros livre dans l'édition pochothèque : "Essais III", c'est une de mes belles découvertes de l'année, et pour la quantité de lecture, le prix est très très bas...

    à bientôt

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    1. J’ai donné ma note davantage en fonction des autres romans de Walser que j’aie lus, les Enfants Tanner et le Brigand. J’adore ces deux derniers et il est difficile pour moi de dire lequel je préfère, il faudra que je les relise… J’ai beaucoup aimé le présent roman mais il m’a moins marqué que les deux livres que je viens de citer.

      Je compte faire un bilan annuel comme l’année dernière avec la liste des livres que j’aie lus avec un top 10 (ou 20) à la date du 31 décembre. J’ai lu dernièrement beaucoup de livres de et sur Tchekhov (son œuvre mais aussi les biographies de Troyat, Bounine et Némirovksy) et je le considère comme l’un des hommes les plus inspirants qui aient vécu (ce qui transparaît dans son œuvre et qui est confirmé par les témoignages de Gorki et de Bounine). Je le relis assez régulièrement, c’est l’auteur qui me touche le plus et avec qui je me sens le plus proche. D’ailleurs j’ai lu dans le livre que Roger Grenier lui consacre que Kafka adorait Tchekhov également (mais la citation est assez douteuse), et on peut voir de nombreuses similitudes entre les deux auteurs, en particulier dans Salle 6, sa meilleure nouvelle.

      Et merci pour la recommandation sur le Zweig, je viens d’y jeter un œil et cela a l’air très intéressant, je vais l’emprunter dès que possible (je l’avais vu sur les étagères de ma bibliothèque).

      A bientôt

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    2. Je viens justement, dernièrement, de m'acheter l'édition pochothèque de Tchekhov. J'avais déjà lu quelques nouvelles que j'ai bien aimées mais le problème pour moi avec cet écrivain c'est qu'il n'a pas (ou peu) écrit de romans alors c'est difficile je trouve de bien le saisir, de bien le juger. Je pense que lorsque je vais me plonger dans ce livre je vais toutes les lire et je t'en reparlerai. Mais dernièrement j'ai relu plusieurs romans de Virginia Woolf (sans en parler sur mon blogue parce que ça devient redondant ;)) et, en ce moment, c'est l'auteur qui me touche le plus et dont je me sens le plus proche pour reprendre tes mots.

      Et pour le Zweig j'avais oublié de te dire que ses biographies, ses essais, etc., sont très proches du "William Shakespeare" de Victor Hugo (un de mes livres préférés à vie), et donc, si tu aimes ce dernier tu vas les aimer je crois.

      A+

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    3. Ah d’ailleurs, tu me rappelles qu’il faut absolument que je lise cet essai de Victor Hugo dont tu dis tant de bien au plus vite. J’ai lu dernièrement le Western Canon d’Harold Bloom en entier et c’était fantastique, il parle avec un amour et une érudition de la littérature qui m’a passionné de la première à la dernière ligne ! Quel dommage que je ne possède pas ce livre ! D’ailleurs, il y parle de l’Orlando de Virginia Woolf avec une passion si contagieuse que je vais lire ce livre dans un avenir assez proche.

      Concernant Tchekhov, j’aime beaucoup la manière dont Faulkner a parlé un jour de l’art difficile de la nouvelle, un genre que je trouve souvent sous-estimé (et par moi le premier il y a encore peu de temps) : « Le premier travail auquel l’artiste doit faire face est de dire la chose aussi vite et aussi simplement que possible, et s’il est bon, s’il est de premier ordre, comme Tchékhov, il peut le faire chaque fois en deux ou trois mille mots. […] Dans un roman, vous pouvez être négligent, mais, dans une nouvelle, vous ne le pouvez pas. Je parle de nouvelles comme celles qu’a écrites Tchékhov. C’est pourquoi j’estime que le roman est de second ordre… parce que la nouvelle exige une précision absolue. » Je n’irai pas jusqu’à dire que la nouvelle est supérieure au roman mais je suis d’accord avec lui sur le fait qu’une nouvelle ratée ou un peu faible, cela se voit tout de suite alors qu’avec un roman les quelques faiblesses peuvent être en quelque sorte diluées…

      Je n’ai pas encore lu l’édition Pochothèque de Tchekhov (je vais sans doute me l’acheter au vu de son faible prix), elle contient quelques nouvelles que je n’aie pas encore lues comme Dans le ravin, dont Tolstoï et Nabokov disaient le plus grand bien…

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    4. Mais pour ma part, Orlando je l'ai trouvé très quelconque en relecture, parce qu'il n'y a pas de véritable prose poétique comme dans Vers le phare et Les Vagues. Peut-être qu'en anglais le Orlando est beaucoup mieux, mais en français je trouve que c'est un roman que n'importe qui, ou presque, aurait pu écrire, en tout cas j'ai hâte de voir ton avis, de même que celui de La maison d'âpre-vent parce que j'en entends partout le plus grand bien mais si je le commande il est seulement en importation et le délai est d'un mois ici alors ça me tente rarement t'attendre aussi longtemps pour un livre.

      L'essai de Victor Hugo me fait justement penser aux livres de Bloom mais c'est encore meilleur étant donné le génie insurpassable de Hugo (et je suis sûr que Bloom serait d'accord avec moi). Et pour les livres de Bloom je pense que mon préféré c'est son "Genius" en tout cas c'est sur lui que je reviens toujours.

      Et pour la nouvelle en général je ne suis pas en désaccord avec Faulkner, il a de bons points, mais je trouve cela souvent frustrant de lire seulement 80 pages d'un récit alors qu'avec Tchékhov (et d'autres) j'en prendrai plus la plupart du temps. ;)

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    5. Pour la Maison d’Âpre-vent, c’est très très bien, malgré quelques petites longueurs je trouve (l’intrigue policière autour de Lady Dedlock en particulier). Avec le recul, c’est un livre quasi parfait à mon avis, l’écriture est magnifique de bout en bout, les éloges que le livre a suscitées sont tout à fait méritées. On ne s’ennuie pas et les pages défilent assez vite grâce au talent de conteur de Dickens. Et l’héroïne, Esther, est adorable (ce que Bloom, dont j’ai lu la critique après ma lecture, dit très bien dans la section qu’il lui consacre dans le Western Canon). Je le relirai certainement si je peux me le procurer dans une édition plus abordable que celle de la Pléiade, la seule disponible si on veut le lire dans une bonne traduction (celle dans l’édition Archi est semble-t-il très mauvaise). D’ailleurs je compte lire le Pickwick du même auteur dans les mois à venir, j’ai vraiment hâte de découvrir ce livre dont j’entends le plus grand bien également. J’en parlerai certainement sur ce blog…

      A bientôt

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  2. Bonjour à vous deux,

    En parlant de Walser, je me permets de copier ici un lien qui vous intéressera peut-être :
    http://l-or-des-livres-blog-de-critique-litteraire.over-blog.com/2015/11/l-enfant-du-bonheur-de-robert-walser.html

    Bon week-end !

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