" La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c'est la littérature." (Marcel Proust)
"Mais ne lisez pas, comme les enfants lisent, pour vous amuser, ni comme les ambitieux lisent, pour vous instruire. Non, lisez pour vivre." (Gustave Flaubert)

"C'est un des privilèges prodigieux de l'Art que l'horrible, artistement exprimé, devienne beauté et que la douleur rythmée et cadencée remplisse l'esprit d'une joie calme." (Charles Baudelaire)

dimanche 9 août 2015

Middlemarch, George Eliot

Note : 10/10


Quatrième de couverture :

Middlemarch (1871-1872) est sans doute le plus beau roman de George Eliot, en tout cas son roman le plus complet (le sixième sur sept).
Deux intrigues sentimentales principales, l'histoire des deux mariages de Dorothea et le mariage malheureux de Lydgate, jeune médecin ambitieux, avec la vulgaire Rosamond Vincy, se détachent sur un fond foisonnant de personnages et d'événements, d'épisodes intéressants, amusants, émouvants. Un des charmes de George Eliot est dans cette surabondance de détails.
Nous avons fait figurer en préface un beau texte de Virginia Woolf sur George Eliot : «L'issue fut triomphale pour elle, quel qu'ait pu être le destin de ses créatures ; et quand nous nous rappelons tout ce qu'elle a osé, tout ce qu'elle a accompli, la façon dont, malgré tous les obstacles qui jouaient contre elle (le sexe, la santé, les conventions), elle a cherché toujours plus de savoir, toujours plus de liberté jusqu'au jour où le corps, accablé par son double fardeau, s'effondra, épuisé, nous devons poser sur sa tombe toutes les brassées de lauriers et de roses que nous possédons.»


C’est en tombant sur cet article où Adelle Waldman expose l'importance que la lecture de Middlemarch a eue dans sa vie que j’ai eu envie de relire ce livre que beaucoup considèrent comme le plus grand roman de l’époque victorienne. Elle y décrit, évoquant sa vie antérieure à la découverte du présent ouvrage (et en somme, à la littérature classique), à quel point elle se sentait insatisfaite dans son rapport avec le monde, les gens autour d’elle, et d’une manière plus générale avec elle-même. Ces interrogations renvoient à la question de l'importance de lire les grands auteurs et génies du passé, interrogations auxquelles le critique Harold Bloom répond :

“The West's greatest writers are subversive of all values, both ours and their own. Scholars who urge us to find the source of our morality and our politics in Plato, or in Isaiah, are out of touch with the social reality in which we live. If we read the Western Canon in order to form our social, political, or personal moral values, I firmly believe we will become monsters of selfishness and exploitation. To read in the service of any ideology is not, in my judgment, to read at all. The reception of aesthetic power enables us to learn how to talk to ourselves and how to endure ourselves. The true use of Shakespeare or of Cervantes, of Homer or of Dante, of Chaucer or of Rabelais, is to augment one's own growing inner self. Reading deeply in the Canon will not make one a better or a worse person, a more useful or more harmful citizen. The mind's dialogue with itself is not primarily a social reality. All that the Western Canon can bring one is the proper use of one's own solitude, that solitude whose final form is one's confrontation with one's own mortality.”

"We read deeply for varied reasons, most of them familiar: that we cannot know enough people profoundly enough; that we need to know ourselves better; that we require knowledge, not just of self and others, but of the way things are."

Dans cet article, Waldman prolonge et confirme l'opinion de Bloom, en affirmant entre autres que sa pensée personnelle s’est enrichie au contact des génies littéraires du passé (« It was that my thinking that changed, that became richer, less programmatic, less susceptible to the trendy idiom of the day »), ce qui lui a fait prendre conscience rétrospectivement de la superficialité dans laquelle elle a vécue jusqu’alors au regard de la pauvreté de ses jugements et opinions. “He plays bass and dislikes capitalism and has long hair and an intense look,” I’d say to a friend in explaining why I liked a certain guy, and the truth was that it was the best I could do. I didn’t have the intellectual tools to get beyond surface qualities and social signifiers, to think about, let alone talk about, people with anything approaching the complexity with which we actually experience one another in life.”

Une grande erreur communément partagée aujourd’hui et discutée dans cet article est que les livres du passé n’ont rien à nous apporter ou à nous apprendre justement en raison de leur ancienneté. Waldman reconnaît qu’elle croyait que ces livres n’avaient d’intérêt que dans un sens purement scolaire. « I’d tended to assume that novels about women who lived before the 1960s and the sexual revolution could have no relevance for a modern young woman like me. The way we live now just seemed too fundamentally changed for fiction from earlier eras to resonate meaningfully, to be interesting on more than an academic level.” Or, les auteurs classiques le sont justement car les thèmes qu’ils abordent sont intemporels (la condition absurde de l’homme, sa mortalité, la recherche de sens et d’idéal dans la vie, la persistance du Mal) exposant la vie humaine dans toute sa complexité et dans tout son mystère. Une complexité que l'on ne retrouve guère dans l'immense majorité des écrits contemporains, souvent très manichéens, où le lecteur n'est jamais poussé hors de sa zone de confort, dans lesquels les clichés, évidences, simplismes etc. abondent. “In too many books, it was obvious what the characters should do, who was good or bad and in what degrees; such books engendered in the reader a sort of puffed-up sense of his or her own superior smarts.”
A l'opposé, Kafka disait qu’un livre ne valait la peine d’être lu que s’il était « la hache qui fend la mer gelée en nous. Il me semble d’ailleurs qu’on ne devrait lire que les livres qui vous mordent et vous piquent. Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un bon coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? ».


Tout ceci pour revenir au roman d'Eliot et ce pourquoi il est, à ce jour, un de mes livres préférés, peut-être même mon préféré tout court. C'est le roman qui me parle le plus, ce que j'avais déjà fortement ressenti à ma première lecture et la relecture n'a fait que renforcer ce sentiment. Eliot détaille la vie et les pensées de ses personnages avec une telle minutie, richesse et complexité qui fait de Middlemarch un roman dans lequel pas une page ne se passe sans que l'on puisse méditer, réfléchir sur la complexité humaine tout en en ressentant son mystère. J'y ai retrouvé la même émotion que lors de ma première lecture, tout en y trouvant de nouvelles choses et je pense que je le relirai certainement avec un plaisir identique mais différent à l'avenir. La poète Emily Dickinson a eu ses mots remarquables pour décrire la grandeur de Middlemarch et ce mystère qu'Eliot est si singulièrement parvenue à capturer à travers ce roman :  

"What do I think of ‘Middlemarch’? What do I think of glory--except that in a few instances this "mortal has already put on immortality." George Eliot was one. The mysteries of human nature surpass the mysteries of redemption, for the infinite we only suppose, while we see the finite."


Pour entrer dans l'histoire proprement dite, Middlemarch a pour héroïne principale Dorothea Brooke, une femme éprise d’idéalisme, cherchant à faire le bien pour donner pleinement sens à sa vie. Son obstination mêlée d’innocence dans sa recherche est assimilée à du « donquichottisme » à juste titre par son entourage, qui ne la comprennent pas dans les « fantaisies » auxquelles elle s’adonne. Malgré ce côté héroïque et attachant, Dorothea est d’une grande naïveté et a une proportion au « martyr » judicieusement observée par sa sœur Célia, femme des plus superficielles mais qui n’en aime pas moins sa sœur aînée. Ses deux défauts vont l’entraîner à contracter un mariage malheureux et effroyable avec Casaubon, un érudit en apparence qui se révélera un pédant cachant au fond de lui son incapacité à produire l’œuvre intellectuelle à laquelle il a voué en pure perte sa vie entière, ce dont il est conscient mais qu’il s’efforce de se cacher à lui-même. Ce sentiment d’échec de sa vie, couplé à sa jalousie envers son cousin Will Ladislaw, vont faire de lui un personnage aigri et égoïste, ce dont va souffrir profondément Dorothea, qui constate trop tard que sa naïveté et sa précipitation l’ont entraîné dans un mariage malheureux.
Les mariages malheureux de Dorothea et Lydgate occupent une place centrale dans Middlemarch, mais on ne peut réduire cet admirable roman à ces deux épisodes. Eliot est souvent comparée dans son écriture à Tolstoï, et comme l’écrivain russe dans Guerre et Paix, Middlemarch est en fait l’histoire également de Fred Vincy, jeune oisif qui doit son état aux « espérances » que lui fait miroiter son cynique oncle Featherstone, son amour avec la jeune Mary Garth, ses doutes devant la vocation d’ecclésiastique tracée pour lui par sa famille ou encore l’errance et les hésitations de Will Ladislaw au début du roman, qui ne sait quelle profession spécifique dans laquelle se fixer. Une myriade d’autres personnages, tous complexes, tous dépeints avec subtilité et nuances par Eliot, à l’évolution et au destin incertains, peuplent Middlemarch et lui donnent cette richesse incomparable, lui conférant cette qualité de « roman total » de la vie. 

Les personnages se trompent dans leur conception du monde et des individus, s’en rendent tardivement compte, et parfois ne peuvent plus revenir en arrière. Le destin tragique du roman est bien sûr celui de Lydgate, qui voyait en Rosamond « la forme d’intelligence souhaitable chez une femme – polie, raffinée, docile, prête à se laisser guider vers la perfection dans tous les domaines délicats de la vie, et enchâssée dans un corps qui exprimait cette réalité avec une force démonstrative excluant le besoin d’autres preuves», mais se rend compte au fur et à mesure de ses déboires conjugaux qu’il ne trouvera probablement jamais en elle le soutien qui lui aurait permis de diriger toutes ses forces intellectuelles dans son aspiration de découverte scientifique et médicale (« mais Lydgate avait moins de maturité, et il n’était pas impossible qu’il fût appelé à connaître des aventures propres à modifier son opinion sur les plus grandes vertus de la femme »), mais au contraire se révélera un poids le contrariant dans sa vocation. Que se serait-il passé s’il avait eu l’opportunité d’épouser Dorothea, qui semble en fin de compte remplir toutes les qualités qu’il recherchait chez une femme, qualités dont il n’apprendra le prix (ainsi que l’erreur dans laquelle il était de désirer les qualités superficielles de Rosamond) que lorsqu’il ne peut plus faire marche arrière ? La vie se révèle ici dans tout son mystère et l’on ne peut que spéculer sur cette vie en somme ratée mais qui aurait pu être accomplie si Lydgate se connaissait mieux lui-même, les gens qui l’entourent, et avait su reconnaître plus tôt les préjugés dans lesquels il baignait. Malgré tout, Lydgate s’est résigné à ce triste destin et continuera jusqu’à la fin de sa vie d’aimer du mieux qu’il peut la femme auquel il est marié et dont il sait qu’il ne peut attendre davantage que ce que sa personnalité lui permet.
Rosamond au premier abord est un personnage profondément égoïste responsable du destin malheureux de Lydgate mais Eliot ne lui refuse pas non plus une humanité malgré ses travers incroyablement superficiels. Rosamond vit en quelque sorte dans un monde, un « roman » qu’elle s’est fabriquée (mais en élargissant, on peut dire que presque tous les personnages vivent dans leur conception étroite du monde, et vont réagir de manière plus ou moins appropriée selon leur caractère lorsque la réalité les démentira) et à partir duquel elle a construit toute sa vie et les conceptions qu’elle y rattache. Rien ne saurait la faire plus plaisir que de dominer de sa supériorité les habitants de Middlemarch, qu’elle méprise, et elle épouse Lydgate car elle croit à tort qu’il a des racines aristocratiques prestigieuses et que son mariage va l’ouvrir à des relations « distinguées ». Le confort, le luxe matériel est indispensable à son bonheur et elle ne saurait se priver d’un mode de vie auquel elle a été accoutumée depuis son enfance, ce qui va plonger Lydgate dans un cycle infernal de dettes et d’embarras financier qui vont progressivement prendre le pas sur son enthousiasme scientifique et lui assombrir durablement l’humeur. Les souffrances dans lesquelles l’étranglement financier va plonger son mari vont de même toucher la « pauvre Rosamond », dont le désenchantement sera équivalent à son mari et vont culminer lorsque Ladislaw, qu’elle croyait épris d’elle, s’en prend verbalement à elle lorsqu’il se rend compte qu’il a peut-être perdu Dorothea à la suite d’un quiproquo. Eliot décrit l’ennui, le vide intellectuel et existentiel de Rosamond, et malgré tout ses travers, elle est elle aussi au final plus à plaindre qu’à critiquer…

Le destin de Fred Vincy sera semé d’embûches lorsque ses «espérances » seront finalement déçues. Habitué par sa vie étudiante et son tempérament à fréquenter les salles de jeux, à s’amuser sans regarder à la dépense, d’un tempérament optimiste qui lui joue des tours, Fred est brutalement ramené à la réalité lorsqu’il contracte une dette qui retombe sur la famille de celle qu’il aime, Mary Garth. Honteux de lui-même, imbu des conséquences pour son honneur, il est brutalement ramené à la réalité par Mary qui lui expose à quel point ses actes insouciants vont impacter douloureusement les personnes qui lui sont chères et qu’elle fait par conséquent peu de cas de sa propre honte. La mère Garth « avait fait éprouver à Fred pour la première fois quelque chose qui ressemblait à la morsure du remords. Chose assez étrange, la souffrance de Fred dans cette affaire avait été jusqu’alors constituée presque exclusivement par le sentiment qu’il allait paraître infâme aux yeux des Garth et baisser dans leur estime ; il ne s’était pas intéressé aux difficultés et aux torts que son manque de parole allait peut-être leur causer ; un tel exercice de l’imagination à propos des besoins d’autrui n’est pas ordinaire chez les jeunes gentlemen optimistes. »
Et alors qu’il semble enfin sur la bonne voie en entrant en apprentissage avec Caleb Garth, Fred dans un moment de faiblesse se fait rattraper in extremis par le pasteur Farebrother qui lui rappelle que de sa stabilité professionnelle et financière dépend ses chances d’épouser un jour celle qu’il aime, et que le pasteur lui-même aurait voulu pour femme comme il lui fait sous-entendre. Le sacrifice silencieux du pasteur, évoqué fugitivement, est en lui-même un acte d’héroïsme généreux puisqu’il constate que Fred a davantage besoin que lui de l’amour et l’assistance de Mary pour son bonheur futur, et que c’est grâce à cet amour que Fred corrigera peu à peu ses premiers penchants.

Quel admirable roman donc Middlemarch est, ce qui en fait à ce jour mon roman favori je pense. La vie dans toute sa complexité et son mystère, ses petites actions et décisions du quotidien qui peuvent infléchir le destin d’une vie de manière positive ou négative, en font une source inépuisable de richesse et de profondeur. En le relisant, le roman apparaît encore plus riche, plus profond et le souci du détail accordé à chaque personnage est éblouissant du point de vue psychologique. Avec clairvoyance, on voit dans ce roman comment la vie est vécue par ceux qui la traversent selon des conceptions qu’ils s’en font qui se révèlent souvent erronés, leurs erreurs de jugement, les passions et élans dans lesquels ils se sont perdus. Le gâchis d'une vie (Lydgate) côtoie le miracle (le changement de Fred) et dans l'entre-deux surgit également le potentiel un peu gâché d'une femme telle que Dorothea qui bien qu'heureuse dans son second mariage aurait sans doute pu accomplir plus dans une société moins étriquée. Middlemarch nous dit, comme la plupart des grands romans, que la vie et le destin des hommes et femmes reposent sur une combinaison mystérieuse d'aléas et de choix personnels et que ces derniers, pour être pris du mieux possible dans le but d'une vie épanouie, reposent sur une meilleure connaissance de nous-mêmes et du monde qui nous entoure (quête continue et sans fin) en dehors des préjugés, croyances faciles, ainsi que par une remise en question perpétuelle de notre être, nos pensées, nos conceptions personnelles de la vie...

« J’aimerais avoir le sentiment, si j’atteins un âge avancé, que j’ai amélioré un vaste ensemble de terres et que j’y ai construit bon nombre de maisons confortables, parce que ce travail est sain pendant qu’on l’accomplit et une fois achevé, améliore la vie des hommes. »

« Les jeunes gens sont en général aveugles à tout ce qui ne touche pas à leurs désirs personnels, et s’imaginent rarement ce que coûtent ces désirs à autrui. »

« En fait chacun d’eux [Lydgate et Rosamond] était totalement incapable de suivre le cheminement des pensées de l’autre, situation qui peut bien évidemment se produire même entre des personnes qui pensent continuellement l’une à l’autre. » « Elle [Dorothea] était aussi aveugle aux troubles intérieurs de son mari qu’il l’était aux siens. »

« Les hommes et les femmes font de fâcheuses erreurs quant à leurs propres symptômes ; ils prennent leurs vagues aspirations inquiètes, tantôt pour du génie, tantôt pour une religion, mais le plus souvent pour un amour puissant. »

« L’idée d’une action bienfaisante à sa portée la hantait comme une passion, et quand la souffrance de quelqu’un s’était un jour imposée à elle comme une image distincte, cela suscitait en elle un désir préoccupant, une aspiration à offrir son aide, qui ôtait toute saveur à sa propre aisance. »

« Il n’est pas de chagrin auquel j’ai pensé davantage que celui-là : aimer la grandeur, s’efforcer de l’atteindre, mais sans y parvenir. »

« Les ennuis sont durs à supporter, n’est-ce pas ?...Comment pourrions-nous vivre en sachant que quelqu’un connaît des ennuis… des ennuis déchirants… et que nous pourrions lui venir en aide, sans jamais tenter de le faire ? »

« Qu’en désirant le bien absolu, même sans savoir exactement en quoi il consiste et sans pouvoir faire ce que nous voudrions, nous participons à la force divine contre le mal… […] Il est ma vie. Je l’ai découvert et ne puis m’en défaire. Je n’ai cessé de découvrir ma religion personnelle depuis ma petite enfance. […] Je m’efforce de ne pas éprouver de désirs qui ne concernent que moi, parce qu’ils ne pourraient rien valoir pour autrui, alors que je possède déjà trop de choses. »

6 commentaires:

  1. Je peux facilement comprendre que c'est ton roman favori parce que c'est vrai qu'il est difficile de faire mieux... Et tu sembles aimer davantage les classiques du 19e siècle que moi ; je me suis un peu tanné avec le temps, je trouve qu'ils se ressemblent tous un peu, mais bon c'est juste mon opinion. En tout cas je préfère et de loin Eliot à Austen, je ne comprend pas pourquoi la deuxième est plus connue que la première dans la francophonie, je trouve que l'oeuvre de Eliot a cent fois mieux vieilli que celle d'Austen. Je viens justement de terminer Mansfield park et t'avais raison l'autre jour de me dire que c'est dans ses meilleurs, en tout cas dans ceux que j'ai lus c'est mon préféré. Par contre, je persiste à avoir de la difficulté avec elle, tellement que je la rentre même pas dans mon top 100...

    En passant, je viens de terminer le Pedro Paramo de Rulfo et c'est encore meilleur que je pensais, merci d'avoir parlé de cet auteur sur ton blog.

    Aussi, l'autre jour je te disais que Ulysse en anglais avait 30 000 mots de vocabulaire mais je me suis trompé. Il a 30 000 mots "total" alors qu'il a 16 000 mots de vocabulaire (mots différents).


    à bientôt

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  2. J'avais voulu relire Middlemarch aussi car j'étais sorti un peu déçu de ma découverte de Trollope, un autre auteur de l'époque victorienne et dont Eliot dit s'être inspirée en partie. Trollope concentre en quelque sorte les griefs que tu exposes sur la littérature du 19e : c'est bien écrit, facilement plaisant mais le tout est relativement prévisible, en particulier dans la conclusion que je trouve même, avec le recul, carrément horripilante. Je te le déconseille fortement au vu de tes goûts littéraires :)
    J'imagine que c'est cette prévisibilité que tu reproches surtout à Austen, qui font que ses livres donnent l'impression de se ressembler tous, à l'exception notable de Mansfield Park et c'est pour cela que ce dernier est mon préféré.

    Je pense qu'Austen est justement plus populaire qu'Eliot dans la francophonie et même parmi les anglophones car ses romans sont plus "faciles" à lire (ils séduisent à mon sens très facilement le lecteur) et conséquemment elle rentre moins dans la catégorie des "plaisirs difficiles", qui sont aussi les meilleurs selon Harold Bloom. A l'opposé, les livres d'Eliot sont plus complexes, détaillés, "difficiles" et donc pour un public plus restreint comme le dit Virginia Woolf lorsqu'elle qualifie Middlemarch de "roman pour adultes". Ainsi je préfère nettement Eliot à Austen car elle me semble avoir un talent d'écrivain infiniment supérieur à cette dernière...

    Je suis content de voir que tu as aimé Pedro Paramo :)
    Quant à Ulysse, j'avoue me sentir peu motivé à l'idée de le relire, et ce bien que Nabokov le qualifie de plus grand chef d’œuvre du 20e siècle (cf cette liste très amusante des goûts de Nabokov http://wmjas.wikidot.com/nabokov-s-recommendations). Comme je l'ai dit, j'ai adoré certains passages et une bonne partie du roman, mais l'ennui ressenti devant le reste me décourage de le relire pour l'instant.

    Ah et j'ai enfin acheté, aujourd'hui même, le Quarto de Virginia Woolf, bien que je l'ai mentionné pour la première fois il y a quelques mois maintenant... En tout cas j'ai vraiment hâte de le lire bien que ma PAL commence vraiment à devenir très très longue...

    A bientôt

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  3. Totalement d'accord avec ce que tu dis. Merci pour le lien Nabokov, très intéressant je viens d'y aller. C'est drôle que tu parles de Trollope parce que je venais justement de le placer dans mes livres à lire mais je vais attendre très très longtemps avant de le faire. Ma liste est très longue aussi mais c'est une chance que j'aie pu lire Pedro Paramo tout de suite comme ça, j'avais eu un petit "creux" juste au bon moment dans ma liste et mes lectures à lire...

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  4. Petite précision sur Trollope. Je n'ai lu que le Docteur Thorne et arrivé aux deux tiers du livre, j'avais beaucoup aimé bien que le roman soit assez prévisible : c'est souvent drôle, ironique, dans la tradition des romans anglais, les descriptions psychologiques sont subtiles (sans arriver au niveau de George Eliot toutefois). Mais le dénouement miraculeux, certes attendu, m'a beaucoup irrité au contraire par exemple de ce qui arrive dans le Tom Jones de Fielding. Un critique (ou écrivain je ne sais plus) disait que Trollope était trop fasciné (dans le mauvais sens du terme) par l'argent et que cela impactait négativement sur ses romans et je suis tout à fait d'accord là-dessus. Je ne saurais davantage expliciter ma pensée mais le tout donne un sentiment général négatif sur ce sujet avec le recul, au contraire par exemple d'un Balzac qui traite aussi extensivement de ce sujet mais sans en faire toutefois le point de fixation de l'intrigue pour le lecteur.

    En tous cas, je ne pense pas relire de sitôt un autre Trollope. Je ne déteste pas certes mais son talent me paraît limité et j'ai beaucoup d'autres romans plus intéressants à découvrir...

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  5. Étant bientôt en vacances, je voulais en profiter pour commencer Splendeurs et misères des courtisanes de Balzac mais je vais lire auparavant ce fameux Middlemarch de George Eliot, dont tu en dis tellement de bien. Et puis cela faisait longtemps que j'avais aussi envie de le découvrir, bref ce sera le moment ou jamais ! Merci donc pour cette chronique :-)

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  6. Je suis content de t'avoir donné envie de le lire ! Le Balzac que tu cites est très bien aussi, il se lit en plus très facilement (l'intrigue est particulièrement prenante).

    Bonnes lectures :)

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