"Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre. Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier." (Marcel Proust)
"Mais ne lisez pas, comme les enfants lisent, pour vous amuser, ni comme les ambitieux lisent, pour vous instruire. Non, lisez pour vivre." (Gustave Flaubert)

"C'est un des privilèges prodigieux de l'Art que l'horrible, artistement exprimé, devienne beauté et que la douleur rythmée et cadencée remplisse l'esprit d'une joie calme." (Charles Baudelaire)

vendredi 7 novembre 2014

Le Procès, Franz Kafka

Note : 10/10


Quatrième de couverture :

Vous vous conduisez pire qu'un enfant. Que voulez-vous donc ? Vous figurez-vous que vous amènerez plus vite la fin de ce sacré procès en discutant avec nous les gardiens, sur votre mandat d'arrestation ou sur vos papiers d'identité ?
Nous ne sommes que des employés subalternes, nous nous connaissons à peine en papiers d'identité et nous n'avons pas autre chose à faire qu'à vous garder dix heures par jour et à toucher notre salaire pour ce travail. C'est tout ; cela ne nous empêche pas de savoir que les autorités qui nous emploient enquêtent très minutieusement sur les motifs de l'arrestation avant de délivrer le mandat. Il n'y a aucune erreur là-dedans. Les autorités que nous représentons - encore ne les connais-je que par les grades inférieurs - ne sont pas de celles qui recherchent les délits de la population, mais de celles qui, comme la loi le dit, sont "attirées", sont mises en jeu par le délit et doivent alors nous expédier, nous autres gardiens. Voilà la loi, où y aurait-il là une erreur ? 

Les analyses et exégèses faites sur Le Procès sont si nombreuses qu'il est presque impossible d'apporter un regard neuf sur ce chef d’œuvre de la littérature. Et pourtant, d'après mon expérience personnelle et celles de certaines personnes avec lesquelles j'ai discuté de ce livre si unanimement encensé par les spécialistes, il en ressort que Le Procès est un roman rarement apprécié, voire parfois dénigré, par le lecteur profane.
C'est un lieu commun dorénavant d'associer Kafka à la description et à la dénonciation d'une bureaucratie toujours plus oppressante et déshumanisante confinant à l'absurde. Chaque lecteur découvrant l'œuvre de Kafka pour la première fois a, plus ou moins inconsciemment, ce préjugé à l'esprit et s'attend lorsqu'il s'attaque au Procès à découvrir un grand livre traitant de l'aliénation de l'homme dans une société rationalisée à l'absurde. Et c'est peut-être la raison pour laquelle tant en ressortent déçus, quand ils n'abandonnent pas en cours de route, tellement la réputation du roman le précède et par ce fait, place les attentes du lecteur à des niveaux déraisonnablement élevés.
De ma propre expérience, je n'ai nullement été impressionné par le Procès lorsque j'en ai achevé la lecture pour la première fois. Une lecture qui vers la fin du bouquin s'apparentait presque à un sacerdoce, tant je me suis ennuyé à mesure que je parcourais les pages, et que je n'ai fini que par principe au vu de l'immense réputation dont jouit le roman. Au final, je n'ai pratiquement rien retenu de ma première lecture et ma déception fut immense.
Cependant, depuis cette première lecture, j'ai découvert la Métamorphose, que j'ai adoré (c'est je pense par cette nouvelle qu'il est préférable de découvrir Kafka) et le Château, que j'ai également beaucoup apprécié. C'est la raison pour laquelle, le temps et le souvenir aidant, j'ai décidé de relire le Procès, en prenant garde de le lire lentement pour en apprécier davantage l'expérience. Et j'ai cette fois été entièrement conquis.

La première raison pour laquelle j'aime tant Kafka désormais, c'est d'abord et avant tout parce que c'est un grand écrivain, l'un de mes préférés désormais. En littérature, un très grand auteur, un auteur exceptionnel, est celui qui parvient, à travers son écriture, à créer un univers singulier, étrange, qui déboussole son lecteur et le plonge dans un monde inconnu qu'il ne retrouve nulle part ailleurs. Et avec la prose de Kafka, j'ai été subjugué par cette atmosphère si particulière dans laquelle nous sommes plongés dès les toutes premières lignes du roman, les célèbres " On avait sûrement calomnié Joseph K., car, sans avoir rien fait de mal, il fut arrêté un matin."
Mais au-delà de cet incipit très connu, c'est tout le reste du roman qui baigne dans cette ambiance étrange d’où un désespoir oppressant se dégage et happe le lecteur. L’humour particulier de Kafka, basé sur l’incongruité, l’outrance, la grossièreté sans-gêne dans le comportement des personnages, y compris K. lui-même, n’y est pas étranger et participe pleinement à instaurer cette atmosphère angoissante, ce malaise qui font le génie de Kafka.
 
A cet égard, le premier chapitre est exemplaire dans cet humour étrange et de cette ambiance oppressante qui caractérise l’œuvre de l’auteur pragois. Alors que K., placé en état d'arrestation, s'entretient avec les employés de justice qui le surprennent au saut du lit, il a la désagréable surprise de se rendre compte que son arrestation constitue un véritable spectacle pour ses voisins, qui ne se gênent pas pour observer ostensiblement ses moindres faits et gestes. Dès son réveil, "K. regarda du fond de son oreiller la vieille femme qui habitait en face de chez lui et qui l'observait avec une curiosité surprenante". Puis, lorsqu'il se rend au salon de Mme Grubach, sa logeuse, pour discuter avec les officiers de justice, il voyait, toujours par la fenêtre, "la vieille femme qui était restée postée à la sienne - juste en face maintenant - avec une curiosité vraiment sénile, pour ne rien perdre ce qui allait se passer". Plus loin encore, il "vit la vieille femme d'en face qui avait traîné jusqu'à la fenêtre un vieillard plus vieux qu'elle encore qu'elle tenait par la taille". Et enfin, quelques pages après, "en face, les deux vieillards étaient revenus voir ; ils se tenaient couchés sur l'appui, mais leur groupe s'était accru ; il y avait maintenant derrière eux un homme qui les dépassait de tout son buste ; sa chemise s'ouvrait sur sa poitrine et il tiraillait sa moustache rousse". 
La situation n'a évidemment rien de drôle pour K., qui à juste titre, se sent oppressé plus encore par cette curiosité malsaine qui s'étale devant lui sans vergogne. Son arrestation, événement grave pour lui, est vécue comme un spectacle dans lequel se délectent ses voisins qui n'ont visiblement rien de mieux à faire. Cette intrusion sans-gêne, et l'anéantissement avec elle de la moindre parcelle de vie privée, est un motif récurrent qu'il est intéressant d'observer tout au long du roman. Sans plus de tact également, comme si cela allait de soi, les employés mangent le petit-déjeuner destiné en principe à K., puis se proposent d’aller lui chercher, moyennant commission, de quoi se sustenter pour la matinée ! Puis la conversation se poursuit de la manière la plus naturelle possible dans la chambre de Mlle Bürstner, la voisine de K., qui est absente lors de ces événements.

Dans la soirée de cette même journée, lorsque K. s'entretient avec cette dernière puis finit par l’enlacer passionnément, dans un élan pathétique motivé par un besoin d’affection, ses caresses sont interrompues par l'arrivée du neveu de la logeuse, le capitaine Lanz, qui a l'habitude de coucher dans le salon. Lorsque K. se rend à son premier interrogatoire, une foule très nombreuse assiste à l'événement et au monologue de K. devant le juge. La laveuse, qui habite dans les locaux où s'est tenue la première audience de K., trouve naturel, lorsque ce dernier revient la semaine suivante, que son foyer soit utilisé pour les procédures de justice tous les dimanches et parfois au-delà. De manière désinvolte, elle raconte à K. qu'un soir, "au milieu de la nuit, il devait être déjà très tard, je me réveille et je vois le juge à côté de mon lit !". On apprend plus loin, lorsque K. rencontre le peintre Titorelli, qu'il est monnaie courante que les greniers de chaque immeuble abritasse les bureaux de la justice, dont l'étendue semble démesurément importante, au-delà de toute raison. Son entretien avec le peintre sera en sus constamment interrompu, dérangé par la présence de fillettes bruyantes et importunes: " les gamines derrière la porte se faisaient entendre de nouveau. Elles devaient se bousculer pour regarder par le trou de la serrure". Ces dernières, nous apprend Titorelli, ont un double de la clé de sa mansarde et il rencontre toujours l'une d'entre elles à l'intérieur lorsqu'il revient chez  lui.
 
Une invasion, une annihilation totale de la vie privée qui ne semble pas préoccuper outre mesure les différents protagonistes. Mlle Bürstner, mise au courant du dérangement et de l'occupation de sa chambre par les inspecteurs lors de ce matin fatidique pour K., ne s'en offusque guère puisqu'elle n'a rien remarqué et donc qu'aucun mal n'a été fait, jusqu'à ce qu'elle se rende compte que ses photographies personnelles ont été dérangées et l'objet visible d'une attention inappropriée. Cette fausse légèreté imprègne tout le livre, une légèreté qui met les individus à la merci d'une loi tyrannique dont ils ne se rendent compte des méfaits et des dérives que lorsqu'il est trop tard (à savoir lorsqu'ils en sont à leur tour victimes), comme ce fût le cas pour K.: " il avait toujours tendance à prendre les choses légèrement, à ne croire au pire que quand il arrivait et à ne pas s'armer de précautions pour l'avenir, même alors que tout menaçait". Mise au courant de son arrestation, Mlle Bürstner prend les choses tout aussi à la légère : "comme vous êtes en liberté car votre calme me permet de croire que vous ne venez pas de vous échapper de prison, vous n'avez sûrement pas commis un bien grand crime". Pour extrapoler quelque peu, on peut faire le parallèle avec notre actualité immédiate, où l'invasion de notre vie privée et l'instauration de lois toujours plus sécuritaires ne sont aucunement matière à débat ou de préoccupation pour la grande majorité de la population. Car, comme va l'apprendre K. à mesure que son procès s'allonge, son cas n'est nullement individuel ou exceptionnel, et ce malgré les circonstances stupéfiantes dans lesquelles son arrestation s'est faite et dans lesquelles son procès se déroule : à aucun moment, il ne saura de quoi il est accusé, et il est fort probable qu'il s'agisse d'une erreur puisque le juge d'instruction, lors de son premier interrogatoire, pense avoir affaire à un peintre !

Tout dans ce livre, et encore plus dans le Château, est tourné en dérision. K. élabore minutieusement des raisonnements qui nous paraissent imparables, mais qui sont sans cesse démentis dans les faits : tout ce qu'il entreprend est en fait condamné à l'échec, peu importe la quantité d'énergie qu'il y déploiera. A la sortie de son interrogatoire, il pense avoir rallié la foule à sa cause, par le biais d'un plaidoyer tout à fait sensé à nos yeux, mais il est vite détrompé par la laveuse la semaine suivante : "si j'ai interrompu votre discours, cela ne pouvait vous nuire. On vous a jugé très mal une fois que vous êtes parti." Comme dans le Château, où ce trait est beaucoup plus saillant, il suffit de vouloir quelque chose pour que cette dernière se dérobe, ou la chose désirée se présente lorsque l'on est incapable de la saisir : ainsi, lors de sa visite dans les bureaux de la justice situés au grenier de la laveuse, K. rencontre un préposé aux renseignements qui "a réponse à tout. Vous n'avez qu'à le mettre à l'épreuve si vous en avez envie", lui dit une jeune femme alors que K. est pris d'un malaise en raison de l'atmosphère étouffante des locaux qu'il visite. On comprend dès lors que la quête de K. sera impossible et vouée inéluctablement à l'échec.

Et pourtant, il semblerait que K. aurait pu échapper à son funeste destin, si son oncle n'avait décidé de s'en mêler inopinément, alors que K. avait adopté la seule attitude raisonnable qu'il puisse y avoir dans sa situation, c'est-à-dire l'ignorer et ne pas lui accorder une attention excessive. L'inquiétude familiale n'est, tout comme dans la Métamorphose, nullement focalisée sur la personne de K. ou motivée par un quelconque attachement sentimental envers ce dernier. Pour l'oncle Albert, la situation est éminemment grave : "Et tu es assis là tranquillement quand tu as un procès criminel sur les bras ? [...] Pense à toi, à tes parents, à notre bon renom, tu as été notre honneur jusqu'ici, tu ne dois pas devenir notre honte." C'est contre son gré initialement que K. sera confronté à la "réalité" de ce procès et dont il n'arrivera plus à se dépêtrer dès lors, alors que son indifférence laissait présager d'une issue heureuse, comme en atteste un des fragments du récit ajoutés en appendice au roman. Dans ce chapitre à part, intitulé Pour l'épisode d'Elsa, K. ignore toutes les demandes de convocation des juges et se voit menacé de "mesures violentes" s'il ne satisfait pas à la dernière. Avertissement que K. décide d'ignorer également pour une visite chez Elsa : "quelle raison aurais-je alors d'obéir à la convocation d'aujourd'hui ? - On n'aime pas en général provoquer les mesures violentes de la justice, dit la voix qui devint plus faible et s'éteignit." Symboliquement, cette faiblesse soudaine de la voix au téléphone représente la faiblesse de la justice à poursuivre K. si celui-ci n'en a que cure. Ce n'est, paradoxalement, que lorsqu'il prendra l'affaire à bras le corps, que les choses s’enlisent inexorablement. 

On peut tirer une conclusion similaire à la lumière des rapports de force entre l'avocat Huld et K., et ce même avocat avec le négociant Block, dans le huitième chapitre. K. débarque chez Huld pour lui signifier impérieusement son renvoi. Il a accès le plus facilement du monde donc à son avocat, qui lui permet de se présenter malgré l'heure tardive. Block, de son côté, obnubilé par des années de procès et sans cesse inquiet des procédures engagés par le vieillard, le harcèle en permanence pour avoir une audience avec ce dernier, dont il n'obtient satisfaction qu'au prix d'une très longue et humiliante attente. L'avocat se montre par conséquent très servile envers K., qui le méprise et le rejette, tandis qu'il se permet d'humilier copieusement Block, qui couche dans une chambre de bonne et est forcé à lire des pages de texte incompréhensible emplies d'un jargon volontairement abscons : "ce n'était plus là un client, [constate avec horreur K.], c'était le chien de l'avocat." Les divers discours interminables de l'avocat Huld, qui cherche par ce biais à convaincre K. qu'il lui est indispensable de l'avoir à ses côtés, sont une prouesse en elle-même, bien qu'elle puisse momentanément décrocher le lecteur, tant les laïus débités par l’avocat démontrent in fine la totale inutilité de sa profession, mais surtout, l'inutilité même d'engager ses forces personnelles dans un procès où de toute évidence, tout est fait pour que l'accusé soit coupable et non innocent et que dans l'intervalle, la procédure soit d'une longueur suffisante à faire travailler tout aussi inutilement l'appareil de justice tentaculaire et envahissant, comme l'atteste l'invasion systématique des greniers.
Kafka trouvait dans la littérature le seul sens de sa vie, lui qui était employé d'assurances mais ne trouvait aucun plaisir à accomplir ce travail "nourricier", qu'il considérait surtout comme du temps perdu dans sa vocation littéraire. "Une défense minutieuse [comprendre la littérature] - et nulle autre n'avait de sens - n'exigeait-elle pas nécessairement qu'il renonçât à tout travail ?" Paradoxalement, c'est de cette vie professionnelle aliénante que Kafka va tirer la substance de ses chefs d’œuvre, où l'individu est frustré dans sa liberté et son épanouissement individuels par un travail envahissant et aliénant. 

Des multiples lectures possibles du Procès, la plus prégnante me semble de voir le procès de K. comme un parcours métaphysique sans salut possible. Le procès peut en ce sens être vu comme la conscience imminente de la mort à laquelle K. doit dorénavant faire face bon gré mal gré, bien que cette conscience ne semble pas avoir de conséquence heureuse sur son caractère souvent puéril et égoïste (en particulier, sa volonté à être supérieur, à dominer, humilier ceux qui l'irritent, comme le jeune étudiant qui lui enlève la laveuse qu'il désire sous son nez, ou sa jalousie quand il apprend que Block est l'amant de Leni).
K. ne trouve que difficilement, depuis que son procès l'accable, la force de mener à bien son travail de fondé de pouvoir dans une grande banque, qui fut jusqu'ici la principale source de son orgueil et de sa fierté. " Il se rappelait qu'un matin où il était accablé de travail il avait tout jeté de côté et pris subitement son bloc-notes pour essayer de tracer le plan d'une requête de ce genre qu'il destinait à son lent avocat." La scène qui suit est d'un comique très noir : le bloc-notes destiné à contenir son ébauche de justification, de défense vis-à-vis du tribunal, est utilisé par le directeur-adjoint pour dessiner et faire comprendre une plaisanterie sans importance. Par extrapolation, on peut voir la tentative de K. de rédaction d'une requête à une tentative littéraire métaphysique. "Cette requête constituait évidemment un travail presque interminable. Sans être d'un caractère inquiet, on pouvait facilement penser qu'il serait impossible de jamais la finir. Non par paresse ou par calcul [...], mais parce que, dans l'ignorance où l'on était de la nature de l'accusation et de tous ses prolongements, il fallait se rappeler sa vie jusque dans ses moindres détails, l'exposer dans tous ses replis, la discuter sous tous ses aspects. Et quel triste travail, pour comble ! Il était peut-être bon pour occuper l'esprit affaibli d'un retraité et l'aider à passer les longs jours. Mais maintenant que K. avait besoin de recueillir toutes ses forces cérébrales pour son travail, que chaque heure passait trop vite [...], maintenant qu'il voulait jouir comme un jeune homme de ses courtes soirées et de ses brèves nuits, c'était maintenant qu'il devait se soumettre à la rédaction de cette requête."

L'écriture de Kafka est extraordinairement précise, chirurgicale, où chaque mot a été choisi de manière extrêmement soignée pour dire exactement ce qu'il veut dire. Cherchez un seul mot inutile, superflu dans ce roman. Un fait qui ne surprend guère lorsque l'on sait que Kafka avait pour livre de chevet l’Éducation sentimentale de Flaubert, connu pour son côté maniaque à l'extrême dans la composition de ses romans, qu'il retravaillait sans relâche durant plusieurs années, retranchant, ajoutant, remplaçant tel ou tel mot pour décrire une situation donnée. Se livrer exclusivement à ce pur jeu esthétique est déjà en soi un grand plaisir dans la lecture du Procès.
Mais ce qui fait le génie de Kafka, c'est qu'on en épuise jamais véritablement le sens, quelque soit le bout par lequel on tente de le prendre, et le fait que toutes les interprétations qu'on puisse en faire sont toutes plus ou moins justes, mais toujours incomplètes. On le voit dans le célèbre avant-dernier chapitre, A la cathédrale, lorsque l'abbé discute avec K. de la Parabole de la Loi où un homme attend toute sa vie devant une porte l'autorisation d'un gardien pour la franchir et accéder à cette fameuse loi. De multiples pistes d'interprétation sont lancées, toutes admises par l'abbé, mais qui entrent en concurrence entre elles, voire se contredisent. Il dit : "Je me contente d'exposer les diverses thèses en présence. N'attache pas trop d'importance aux gloses. L’Écriture est immuable et les gloses ne sont souvent que l'expression du désespoir que les glossateurs en éprouvent. Dans le cas que nous considérons, il y a même des commentateurs qui voudraient que..."

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